Ca y est, ma conférence à Istanbul est terminée. Je reste encore 4 jours, mais ce ne sera plus pareil. Pour ceux qui l'ignoreraient, ces conférences sont un lieu de rencontre pour mathématiciens en devenir et non un endroit où on apprend des maths. On passe une semaine entre pédés, à assister à des conférences où on essaie, ou pas, de saisir des idées au vol, puis on profite des pauses cafés pour boire des bières, et des soirées pour se rencontrer et se raconter nos vies. A la fin de chacune d'entre elles, on déprime nécessairement: on sait qu'un jour on va vieillir, et que ces moments se feront de plus en plus rares. Ce qui est d'ailleurs quelque peu stupide, c'est qu'on avance parfois ces moments comme arguments en faveur du métier de mathématicien, alors que, si j'en crois ce que mes yeux me montrent, cela ne concerne principalement que le début de carrière. Quoi qu'il en soit, c'est une des raisons qui me motivent réellement à faire des maths.
Quant à la ville, mon impression, d'abord réellement négative, s'est transformée peu à peu en un sentiment d'admiration, voire d'amour pour cette cité. Ma première journée à Istanbul n'a pas été bonne. Quoi que je faisais, où que j'allais, je ne pouvais pas m'empêcher de penser que cette cité a été jadis le centre du monde, qu'elle a été pillée, dénaturée, vampirisée par l'empire Ottoman, au point de la renommer au siècle dernier. L'endroit est pourtant charmant. Nulle autre ville ne peut se vanter d'être bâtie en un pareil endroit. Elle mêle vestiges vieux de 1500 ans et barres pourries en constructions, on y voit des pêcheurs sur tous les ponts (à se demander s'ils ont développé une sorte d'immunité aux eaux polluées du Bosphore), on peut y apprécier les mac turco: cette ville avait tout pour me plaire. Et à mesure que j'y ai passé du temps, je suis finalement tombé sous son charme. Tout d'abord, mais je le savais déjà, le Turc est un homme qui connaît l'hospitalité. Je ne me souviens pas avoir payé quoi que ce soit en la compagnie d'un Turc, que je sois à Regensburg ou à Istanbul. Il est également agréable de se poser à la terrasse ou sur le toit des cafés, et de se miner à la Raki (i dur; rien à voir avec la Rakia bulgare cependant). Pour moi qui suis devenu agoraphobe en France, car je déteste entendre ce que mes compatriotes ont de stupide à se dire, je n'ai pas ressenti de gêne dans cette ville bondée de quelque 15 millions d'habitants. Hier, je me suis changé en guide touristique d'Istanbul, j'ai pris plaisir à raconter l'histoire de la ville, en particulier celle de la 4eme croisade qui montre à quel point l'occident méritaient leur surnom de "Francs" (donné conjointement par constantinople de les turcs), et qui d'ailleurs, a réduit la ville qui à l'époque comptait un million d'habitant, à une ville pas plus grande que Rouen. Et je me suis par là approprié l'endroit (merci la nouvelle star grâce à qui je dis des banalités pareilles), tout comme je me suis approprié moscou. Constantinople est devenue un autre chez moi, une place où je prends plaisir à passer du temps, une place où je me sens bien, une place où je reviendrai.