Le petit prince a, paraît-il, signé un petit texte à destination des éducateurs. Je ne pense pas que j'aurai le plaisir de le recevoir, ayant le privilège d'être en congé pour études et recherche, mais j'ai tout de même eu droit à lire quelques extraits. Notre Aiglon nous promet donc, entre autres, une école du Respekt. Il me vient alors naturellement deux exemples de situation où je fus bien étonné qu'on ne me manquât pas de Respekt, et même qu'on m'en témoignât.
Aujourd'hui, je suis donc à l'aéroport de Munich. J'arrive au moment fatidique où on doit vérifier que je ne suis pas une racaille qui a décidé d'emporter avec lui de la pâte à dents, et de fabriquer une bombe artisanale, tel Mac Giver, au moyen du trombone qui tient mon dernier article. Voilà la scène, avec celle qui se serait produite en france en parallèle.
"Guten Morgen Herr, "Bonjour, aurais-je dit.
-Guten Morgen. -Carte d'embarquement?
-Haben Sie Ihre Bordkarte? -Bien sûr, tenez Monsieur.
(je ne l'avais pas sortie)
-Herr Doktor, Haben Sie ein Laptop?-Un Labetope?
-Ja. -Oui.
-Wollen Sie gern es hier stellen? -Veuillez le mettre là!
-Natürlich. -Bien sûr, un instant.
-Darf ich Ihre Bordkarte hier stellen? -Avez vous des objets métalliques, tranchants, des crêmes,
-Ja, bitte. des liquides?
-Auf Wiedersehen! -Non.
-Auf Wiedersehen! -Veuillez déposer vos effets personnels dans cette boite. "Veuillez me suivre et ouvrir votre sac à dos."
"Ah je vois que vous avez un trombone, c'est interdit, veuillez le mettre à la poubelle!
-Ecoutez, ce n'est écrit nulle part que c'est interdit, et je passe avec dans tous les aéroports du monde, même à ...
-Ca m'est égal, j'ai des consignes..."
Autre exemple, j'ai donc loué un logement, en passant par une agence. Pour ce faire, on ne m'a jamais demandé la moindre garantie, ni financière, ni aucune caution physique ou morale. On m'a seulement demandé ce que je faisais, ce que je gagnais environ, mais ce n'était qu'une formalité. Ici on fait confiance aux gens, et le Respekt est presque un art. En tous les cas, c'est vraiment très agréable d'être traité ici comme une personnes intègre, et non pas jugé coupable par avance de tous les délits possibles et imaginables.
Il paraît clair que l'Aiglon aura bien du mal à faire changer cette mentalité. Mais il a raison, tout cela commence à l'école.
Autre chose qui m'a frappé dans les quelques lignes que j'ai lu. Pour compenser le dégraissage du Mammouth, on a donc décidé de diminuer le nombre d'heures de cours de nos chérubins. L'idée est loin d'être bête, et d'ailleurs, si on compare le volume horaire des cours, et qu'on le compare au système optimal (soviétique), on s'aperçoit que c'est le simple au double. En effet, l'école s'arrêtait à midi ou 14h en russie soviétique. Mais voilà, alors qu'en Russie, les élèves s'adonnaient à la musique, aux mathématiques, à la peinture, aux langues dans leur temps libre, faisaient leurs devoirs pour le lendemain, nos enfants ne feront guère plus que de jouer à wow 6h de plus par jour.
La différence culturelle existant entre ces pays à faible volume horaire qui réussissent et le notre, est le respect du savoir, et l'envie de savoir. Cela, Sarko l'a bien compris. Mais je serais bien étonné que cela ne change durant ses deux quinquennats. En effet, l'amour du savoir n'est pas en France quelque chose d'universelle. Même lorsque, comme moi, on adore savoir des choses, on dénigre toutefois une partie de ce savoir. Par exemple, m'a-t-on déjà entendu dire du bien de l'analyse numérique, de la littérature anglo-saxonne, ou de la chimie? Non bien sûr, car je les méprise. Les membres de l'intelligentsia russe au contraire, peuvent, et aiment, discuter à table de littérature avec un expert, de peinture avec un peintre, de physique avec un physicien, et même... de chimie avec un... non je ne peux pas dire de gros mot ici. Ce milieu, je ne suis pas convaincu qu'il en existe un en France, et je ne suis pas non plus convaincu que sans un tel milieu, on puisse parvenir à mettre le savoir et la culture à la place où elle devrait être en France.